Intervention de Madame Genviève Bertrand
Sur les orientations budgétaires de la Ville et du Département
de Paris pour 2008
Les orientations budgétaires de la Ville et du Département de Paris pour 2008, que vous nous présentez, nous conduisent à la fois à nous retourner sur les 7 années écoulées et à nous projeter vers l’avenir. Bilan et perspectives, le connu et l’inconnu, la gestion et la vision.
I – Pour ce qui est de la gestion, en premier lieu, les satisfecit sont là. Qu’il s’agisse du concert des trois grandes agences de notations mondiales (Standard & Poors, Moody’s, Fitch Rating) ou de la Chambre Régionale des Comptes pour la gestion de la période 2002-2006. Les paramètres financiers sont rassurants et encourageants.
Paris dispose de très conséquents moyens budgétaires et sa capacité d’endettement est élevée.
Année après année, en plus des autres recettes, la fiscalité immobilière croît, elle qui a doublé de 2001 à 2007 pour frôler le milliard d’euros et atteindre, en montants cumulés, 4,890 milliards d’euros sur l’ensemble de la mandature.
De tels moyens auront permis de consacrer plus du quart des budgets annuels aux dépenses sociales, d’équipements, d’aide et d’assistance à l’enfance, aux personnes âgées, aux personnes handicapées, aux personnes privées d’emploi, aux services d’aide sociale.
Mais, malgré des efforts toujours croissants, les associations sont là pour tirer de plus en plus fort les sonnettes d’alarme, tant les situations de précarité, de détresse et d’abandon résistent aux efforts publics et privés.
Dans le domaine social, comme dans tous les champs d’emploi des fonds publics, la culture de l’évaluation devra s’imposer pour de meilleures affectations et de meilleurs effets.
Réflexe d’évaluation, c’est aussi ce que préconise le Conseil scientifique de la Ville de Paris dans le domaine si controversé des transports et des déplacements. L’article paru dans le Monde du 17 octobre dernier nous a alerté qui titrait : « Paris pilote à vue sa politique des transports ».
Dans son rapport public remis le mois dernier, le Conseil scientifique, par la plume de son Président, M. Courtillot, membre de l’Académie des Sciences, démontre que « les élus n’ont pas d’outil qui permette de prendre les décisions pertinentes et de mesurer les retombées de la politique municipale de réduction du « tout automobile ».
« Qu’il s’agisse, poursuit-il, de pollution, de coût économique et de qualité des déplacements, chacun peut ainsi établir le diagnostic qu’il veut sur les résultats de la politique menée. »
Ce sont tout de même 1,700 milliards d’euros qui ont été mobilisés pour la politique des déplacements et des transports depuis 2001. Pour en venir au constat, en cette fin d’année 2007, que des choix et des décisions d’aussi lourdes conséquences n’auraient pas été entourés de toutes les précautions et études indispensables, et en particulier à la bonne échelle, celle de l’aire urbaine parisienne.
Aussi le Conseil scientifique recommande-t-il instamment de créer, à partir de l’Observatoire des déplacements à Paris, qui fournit déjà des données brutes, un Observatoire intégré des déplacements pour l’ensemble Paris/Ile-de-France, qui serait chargé d’étoffer les connaissances en augmentant le réseau de collectes des données, en l’étendant hors de Paris et en sachant « mesurer le bilan économique global des coûts au regard des avantages obtenus » en termes de santé, d’environnement, de confort, d’efficacité.
Puisse ce rapport être entendu.
Autre domaine lourd de l’action municipale, le logement. Et là, bien sûr, il n’est pas possible de faire l’économie de l’évaluation.
Depuis 2001, Paris a investi 1,920 milliards d’euros dans la construction, la réhabilitation, l’acquisition de logements.
Pour quel impact, en termes de réponse aux besoins ?
Parce qu’enfin, dans un périmètre aussi exigu que Paris, où les espaces constructibles sont si rares, c’est bien de logements en majeure partie « financés » et non « construits » qu’il s’agit.
La préemption massive par la Ville de logements existants, souvent déjà habités, non seulement n’offre que très peu de chances à de nouveaux habitants de se loger ou mieux se loger, mais opère un retrait de fait, assèche en réalité le marché privé, qui se rétracte gravement pour les ménages que l’on dit classes moyennes et qui se voient contraints de partir de plus en plus loin de Paris.
Un éclairage brutal a été apporté, lors du Conseil d’octobre dernier, avec l’adoption du programme de réalisation de logements locatifs sociaux entre le 1 er janvier 2008 et le 31 décembre 2010, où il a été décidé de produire 18 000 logements sociaux en 3 ans.
Mais seulement 1 700 constructions neuves sont envisagées chaque année, ce qui portera à 4 300 les préemptions annuelles.
C’est au moment où l’on compare ces chiffres au volume des transactions annuelles à Paris que le phénomène prend un jour nouveau.
Au 1 er trimestre 2007, la Chambre des Notaires a enregistré 8 939 ventes d’appartements anciens, 150 ventes (seulement) dans le neuf, 76 immeubles entiers et 644 chambres de services.
En année pleine, si mes calculs sont exacts, il apparaît que la Ville préempte entre 8 % (les années passées) et 12 % (pendant les prochaines années) du volume des transactions immobilières.
Un double effet dès lors est inévitable : celui de l’impact sur les prix de cession, et celui de la raréfaction des flux de transactions.
Dans l’état de pénurie actuelle, la question est-elle iconoclaste de savoir jusqu’où une telle politique peut être poursuivie qui pénalise les jeunes professionnels, actifs, dynamiques, avec ou sans enfants, et d’ailleurs de moins jeunes aussi !
Il est urgent de construire à Paris, comme partout en France.
Le débat sur les immeubles de grande hauteur ne peut être éternellement reporté.
Pour la politique du logement, comme pour celle de la voirie, la question se pose légitime et nécessaire : toutes ces sommes investies ont-elles permis de faire face aux besoins réels des habitants ?
II – En deuxième lieu, le débat sur les orientations budgétaires pour 2008 est l’occasion de regarder l’avenir.
Et l’avenir de la Capitale s’inscrit, comme le dit la communication, sans échappatoire possible, « dans la réalité urbaine mondialisée du XXIème siècle ». Or, cette réalité se façonne et se façonnera, dans trois espaces :
- L’espace métropolitain
- L’espace européen
- L’espace international
L’espace métropolitain, qui se cherche, est celui de l’avenir, que toutes les métropoles du monde se taillent, à l’heure où la moitié de la population de la planète a déjà rejoint les zones urbaines. Faire de ces zones, des zones viables, humaines et efficaces, où les multiples politiques trouvent à respirer et se financer.
Dans ce contexte, la prochaine réunion de la Conférence métropolitaine, prévue se tenir le 5 décembre prochain chez notre ami le Maire de Vincennes, est de bon augure qui travaillera le thème de la gouvernance métropolitaine.
L’attente est forte, de part et d’autre du périphérique parisien de travailler dans un esprit de partenariat respectueux, avec des responsabilités et des financements partagés, au-delà des schémas anciens et des repliements sur soi, parce qu’il y a urgence.
L’espace européen est, évidemment, notre espace naturel de référence et de mouvement. Et là, l’attente est encore plus grande de nos concitoyens d’élargir la pensée, les échanges, les mobilités dans notre aire de choix, l’Europe des 27, seule à même de nous renforcer face aux géants qui émergent partout dans le monde.
A côté des impératifs permanents que sont l’accès aux financements européens, la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne (2000-2010), mon vœu immédiat est que tous les pouvoirs publics français se mobilisent en vue du succès de la Présidence française de l’Union Européenne que nous allons vivre à partir du 1 er juillet 2008 et pour 6 mois.
Ce sera la toute dernière chance du genre, avant la réforme des institutions européennes. Mettons-y nos énergies et enfin un peu d’enthousiasme.
L’espace mondial, c’est bien à ces altitudes que respire le mieux Paris, qui n’est jamais plus belle, plus attractive, plus noble, qu’au milieu et même en tête des cités et des gouvernements locaux du monde, la fameuse ONU des Villes (CGLU) dont le Maire de Paris a été porté à la présidence mondiale il y a dix jours.
Le monde entier passe à Paris et le Maire de la Capitale en est l’interlocuteur incontournable : le palmarès des dernières semaines est parlant, qui a vu en nombre et en qualité impressionnants des personnalités franchir le seuil de cet Hôtel de Ville. Le site internet de la Mairie de Paris est éloquent à cet égard.
A l’instar du panel d’hommes et de femmes d’affaires qui vous a remis la semaine dernière, Monsieur le Maire, le fruit ultime de ses réflexions, je crois aussi que l’avenir de Paris, si la Ville entend devenir place internationale et le rester, c’est de jouer l’option internationale sur le plan économique autant que sur les plans culturel et touristique.
Il s’agit de mettre les excellentes cartes internationales de Paris au service du développement économique par l’attraction d’activités, de sièges, de cadres professionnels, de finances, de réseaux internationaux.
Car les 10 années qui viennent vont voir exploser la puissance des grands blocs régionaux (la Chine, l’Inde, tout l’Est asiatique, les Emirats arabes).
Au total, ni scénario Grand Londres, ni scénario Fil de l’eau, Paris possède tous les leviers pour se hisser dans la course des métropoles les plus dynamiques du monde, sans rien sacrifier de ses charmes qui la rendent unique, incomparable.
Elle en a les moyens, elle peut en avoir la volonté.
Un rapport de janvier 2007, de l’Agence pour la Diffusion de l’Information Technologique (ADIT) sur le « Management stratégique des grandes métropoles des pays avancés » a comparé Paris à Londres, à Tokyo, à New York et à la Silicon Valley.
Les atouts de Paris par rapport aux autres métropoles résident dans son potentiel de recherche, ses équipements collectifs, son coût de la vie moins élevé et son cadre culturel.
Les handicaps sont un déficit de lisibilité et une gouvernance d’ensemble de l’Ile-de-France inappropriée à la mondialisation actuelle : pas de pilote unique, pas de lobbying mondial, des moyens insuffisants, un réseau d’aides aux entreprises complexe, une absence d’entraînement des PME par les grandes entreprises dans une stratégie qui serait pourtant mutuellement profitable,
un éloignement des chercheurs publics du tissu des PME, ce que le programme « London Technology Network » a complètement renversé.
En conclusion, et pour prendre la mesure des défis posés à Paris, les orientations budgétaires pour 2008, et les années suivantes devront réserver une place très supérieure aux moyens de développement économique.
C’est le prix à payer si nous voulons en même temps attirer à Paris des activités internationales et renforcer les activités parisiennes à potentiel international.
La structure de décision de la Ville de Paris doit associer intimement l’économique et l’international. C’est un tournant capital.
Je vous remercie.
(NDLR: Seul le prononcer fait foi)